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Gaelle Hallez, enseignante en espagnol, collège Carlin Legrand de Bapaume, Lille@HallezG

 

Sébastien Franc, enseignant en anglais, lycée des Flandres de Hazebrouck, Lille @sebfranc3459

Les fameuses ceintures de compétences

Cet outil institutionnel inventé par Fernand Oury et Raymond Fonvieille au début du 20ème siècle, s’inspirant des grades à atteindre dans le domaine des arts martiaux, n’a rien de nouveau et connaît aujourd’hui un nouvel engouement. En effet, déjà très développé dans le primaire et dans certaines disciplines du second degré comme les mathématiques ou le français, nous avons décidé de l’adapter à nos disciplines respectives, l’anglais LV1 et LV2 et l’espagnol LV2. En sachant que le système est valable évidemment pour toutes les langues sans forcément différencier LV1 et LV2.

Nous nous sommes approprié ce système de ceintures que nous avons légèrement modifié. Assurément, nos ceintures sont en réalité des noeuds papillons… Oui oui, cet attribut vestimentaire masculin par excellence, signe distinctif de M.Franc, mais encore une fois, ceci ne change  absolument rien au fonctionnement.

Avant de nous aventurer plus loin dans nos explications, rappelons brièvement le fonctionnement de base des ceintures de compétences: Chaque élève, en collaboration avec l’enseignant, doit se fixer des objectifs afin d’obtenir une ceinture. Ainsi, l’obtention de cette ceinture passe par la validation d’une série de compétences et de savoir-faire acquis à travers différentes activités proposées.

 

Nous avons choisi d’attribuer à un cycle un noeud papillon unicolore,  par exemple le niveau A1, premier niveau du CECRL, est symbolisé par le noeud jaune. De cette façon, le noeud papillon représente l’objectif à atteindre et vient donc éveiller et entretenir la motivation de nos adolescents. Les noeuds papillons bicolores indiquent les étapes franchies tout au long de leur parcours d’apprentissage. Ils offrent également la possibilité aux élèves en difficulté d’avancer à leur rythme en prenant pleinement conscience de leurs acquis et de leurs  progrès mais aussi des efforts qu’ils doivent encore fournir pour aller plus loin.

La mise en place des ceintures de compétences, alias nos noeuds papillons, en langues vivantes semble  intéressante, cependant vous savez aussi bien que nous que la théorie et la pratique sont deux choses différentes et à l’heure de la mise en pratique concrète des noeuds papillons dans nos cours nous nous sommes posé quelques questions auxquelles nous tenterons de répondre ci-dessous. Nous n’avons pas la prétention de proposer des réponses exhaustives mais uniquement des pistes de réflexions, fruit d’un travail commun  et complémentaire, pouvant servir aux collègues intéressés.

 

Le CECRL: quel rôle a-t-il?

La mise en place des ceintures de compétences requiert donc une bonne connaissance et une bonne maîtrise des compétences exigées sur les différents cycles d’étude. Cela peut sembler insurmontable et chronophage peut-être, mais pas tant que ça!

En langue vivante, nous avons la chance d’avoir un outil à notre disposition qui facilitera la tâche à tous les collègues au moment de chercher, lister ou encore organiser les différentes compétences et savoir- faire que nous incluons dans nos séquences: le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues, plus communément appelé CECRL.

Rappelons que cet outil institutionnel, publié en 2001 repense  les objectifs de l’enseignement des langues vivantes et fait état des différentes compétences que les élèves doivent acquérir en langues tout au long de leur scolarité.

Le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues, grâce à ces niveaux de référence établis, niveau A, niveau B, niveau C, balise d’ores et déjà les apprentissages et apporte de manière évidente un premier cadre structurel à la mise en place des ceintures de compétences. Le CECRL amène un autre aspect non négligeable dans la mise en place de ce nouveau système: les descripteurs de compétences pour les différentes activités langagières. Ce “découpage” des compétences est véritablement un facilitateur pour l’enseignant, en effet, même si certains ajustements seront nécessaires afin qu’ils soient en adéquation avec la séquence du moment, le CECRL fournit en très grande partie la base de données des descripteurs de compétences qu’il suffit simplement d’associer au bon parcours et à la bonne ceinture. Le CECRL est donc un atout et permet à l’enseignant de gagner du temps dans la préparation des séquences.

La redéfinition des différentes compétences de communication que propose le CECRL est, aujourd’hui, en adéquation parfaite avec les ceintures de compétences, les deux sont réellement au service d’un parcours individualisé, prenant en compte les besoins, les difficultés et les capacités de chacun, afin de mener nos élèves vers un objectif commun, la maîtrise d’une langue vivante.

Mise en place et parcours individualisés

Une des premières contraintes à laquelle nous nous sommes heurtés réside dans les compétences elles-mêmes. Sur une séquence de cours, il est possible de valider plusieurs compétences et savoir-faire dans différentes activités langagières mais il faut être honnête, nous pouvons valider beaucoup TROP de compétences. Grâce à la mise en place des noeuds papillons, nous nous sommes aperçus que énormément de compétences entraient en jeu et pouvaient être validées dans une seule et même séquence et dans l’intérêt de tous il faut savoir faire un choix!

Nous devons choisir, et donc limiter, les compétences que nous voulons travailler dans la séquence concernée en ne gardant que les prioritaires et les indispensables dans la réalisation du projet final. En effet, nous aurons très certainement l’occasion de travailler à nouveau les compétences  secondaires que nous avons laissées de côté  cette fois-ci.

Faire le tri des compétences à travailler et à valider est nécessaire pour les élèves. Ce système contribue véritablement au développement de l’autonomie et de la prise d’initiative, néanmoins si l’élève se trouve noyé dans la masse de choses qu’il doit accomplir nous produirons l’effet inverse et nous aurons en face de nous des élèves perdus, ne sachant pas par où commencer et sans doute découragés devant cette liste interminable de compétences à développer et à acquérir. Le travail annoncé sur une séquence doit donc être accessible à tous, demeurer à l’échelle humaine, nous devons être exigeant, en prenant en compte les besoins et difficultés de chacun mais ces exigences doivent être exprimées  de façon concise pour gagner en efficacité.

Ensuite, faire le tri des compétences est tout aussi nécessaire pour l’enseignant. La mise en place des premières séquences avec les noeuds papillons est chronophage alors imaginez si, en plus, au moment des corrections vous devez vérifier une liste impressionnante de compétences validées ou non par les élèves! Ce système est finalement une bonne façon de prendre du recul par rapport à notre enseignement et nos façons d’évaluer, nous ré-apprenons ainsi à nous centrer sur l’essentiel.

 

Exemple tiré de notre référentiel: (https://drive.google.com/file/d/0B8TzIzb-D9EheG5xNmxKcDg5NjA/view )

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Le référentiel servira de base pour créer des fiches personnalisées pour les parcours et les évaluations et nous pourrons envisager un document global à valider tout au long de la scolarité.

Ceintures et plans de travail

Il nous semble évident que le dispositif doit s’inscrire dans une logique plus globale avec un cadrage par plan de travail afin de donner aux élèves toute une batterie pédagogique lui permettant d’utiliser les outils les plus pertinents dans son apprentissage.

Exemples de plan de travail:

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https://www.genial.ly/View/Index/58fb5658ba1aa60a643926a4

 

Exemple de plan de travail pour les Quatrièmes:

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Ceintures et numérique

Afin de faciliter le démarrage des ceintures, nous avons réussi à créer des questionnaires google forms qui se convertissent en google docs modifiables des évaluations critériées et personnalisables.

Exemple en CE:

https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLScYCiuPxHwOJaor8V86KB69ea9HLUNKtb5lddNfdKwRLJK9gg/viewform (le formulaire)

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Impacts

Les ceintures offrent la possibilité de travailler, de manière implicite et indirecte, sur la confiance en soi. Les élèves les plus ambitieux et téméraires, choisiront très souvent le grade du noeud le plus élevé à valider. En revanche,  pour les élèves les plus introvertis c’est loin d’être aussi évident!

Néanmoins, grâce aux ceintures, ils se retrouvent dans un cadre sécurisant. Pourquoi?

La raison est très simple: Ces élèves choisissent très souvent, contrairement à leurs camarades plus ambitieux, le grade inférieur, étant persuadés qu’ils “ne sauront pas faire” ou encore “qu’ils n’ont pas les capacités requises pour atteindre un niveau plus élevé”. A l’aide des noeuds, ils vont être les témoins de leurs progrès, ils vont au fur et à mesure constater qu’ils parviennent à valider le grade visé, ce qui va les rassurer mais aussi et surtout les encourager à viser le noeud supérieur.

Petit à petit, ces élèves prendront confiance en eux et seront capables d’admettre, “ça, je sais faire!” et qu’y a-t-il de plus gratifiant et de plus motivant pour un élève que de constater par lui- même ses progrès?

Ce travail sur la prise de conscience et la confiance en soi est, certes, un travail de longue haleine mais la mise en place des ceintures de compétences peut contribuer de façon évidente au développement personnel de chacun de nos adolescents, les conduire à cette prise de conscience inconsciente et les transformer au fil du temps en de futurs citoyens éclairés pleinement conscients de leurs capacités, compétences et savoir-faire!

Merci à Gaelle Hallez et Sébastien Franc pour ce superbe article.